Le chant des cerises

Expériences et conception en permaculture

Le zonage du chant des cerises

Le zonage — le découpage conceptuel du terrain en différentes zones —  est un outil très utilisé pour concevoir un lieu en permaculture. A chaque zone, numérotées de 1 à 5, correspond un degré d’intensité d’utilisation ou d’intervention, de « très intensif » jusqu’à « sans intervention ».

Les guides habituels du zonage sont la maison (ou le parking) et la distance, avec le présupposé que plus un élément est loin, plus on aura tendance à le délaisser, et inversement, que plus un élément est utile, plus il devrait être proche du point d’entrée de notre système. Mais la distance n’est que le guide général, pondéré par les caractéristiques intrinsèques du système. Par exemple l’utilisation  peut-être modifiée par la topographie (on aura tendance à privilégier un terrain plat situé plus loin qu’une forte pente proche) ou la fertilité du terrain, et l’intervention par tout un tas de facteurs (point d’eau, accès équipement, etc).

Une fois les zones du lieu définies, on organise les stratégies d’interventions et d’utilisation correspondantes. Le tableau suivant est une traduction du livre Gaia’s  Garden par Toby Hemenway, et offre des indications sur la gestion des différents éléments suivant leur zone :

Structures Plantes Techniques de jardinage Sources d’eau Animaux Utilisations humaines
Zone 1 : La plus visitée; utilisation et soin intensif Serre, pergola, terrasse, patio, stockage domestique, atelier de travail Herbes médicinales, fleurs, arbres nains, petits buissons, pelouse Désherbage et mulch intensifs, plantation dense, espalier Réservoirs à eau de pluie, petites mares, eaux grises, robinet d’arrosage Oiseaux sauvages, lapins, cochons d’inde, organismes du sol, insectes auxiliaires Modification du climat de la maison, nourriture et fleurs quotidiennes, espace social
Zone 2 : Cultivée de manière semi-intensive Serre, grange, cabane à outils, atelier, réserve de bois Aliments de base, conserves, petits vergers,plantes anti-incendie Mulch ponctuel, couverture végétale, taille saisonnière Puit, mare, eaux grises, irrigation, baissières (swale) Lapins, poissons, chauve-souris, volailles, organismes du sol, insectes auxiliaires Production alimentaire domestique, quelques plantes commerciales, propagation des plants, habitat pour les espèces sauvages
Zone 3 : Ferme Stockage de nourriture, abris production commerciale, arbres fruitiers et à coques, fourrage, haies, semis pour greffes Couverture végétale, taille légère, clôtures portables Grandes mares, baissières, stockage dans le sol Vaches, chevaux, moutons, chèvres, …, org. du sol, insectes auxiliaires Productions commerciales, bois de chauffe ou d’oeuvre, pâtures
Zone 4 : Soin minimal Distributeurs de nourriture pour animaux Bois de chauffe et d’oeuvre, plantes indigènes Pâturage, sylviculture Mares, baissières Gros animaux, org. du sol, insectes auxiliaires Chasse, cueillette, pacage
Zone 5 : Sauvage, non gérée Plantes indigènes Lacs, ruisseaux Animaux indigènes, org. du sol, insectes auxiliaires Inspiration, cueillette, méditation
Influence des zones. Source: Gaia’s Garden, Toby Hemenway.

 

Le zonage du chant des cerises

Concernant le chant des cerises, nous avons répertorié les grands facteurs de définition des zones, classés par ordre d’importance. Bien sûr ces facteurs sont interconnectés : la maison est construite sur la partie plate; la partie plate est celle qui a accumulé le plus de fertilité; les animaux sauvages s’approchent moins des zones d’habitation, …

  1. La maison d’habitation
    Élément central du projet, elle définit nos zones privilégiées.
  2. Les chevreuils
    En un an, nous avons pu voir un panel de la vie familiale des chevreuils : faon, fratrie, duo mère enfant … Très beau tableau, mais gênant pour les plantations. Les zones proches de la maison sont les moins fréquentées par les chevreuils, alors que le haut du terrain et le terrain annexe sont plus  fréquentés. Les chevreuils influent sur le placement du potager (ils sont friands de nos légumes) et sur celui des fruitiers (certains étant plus négligés par les chevreuils que d’autres). Les chevreuils sont la principale raison de déclassement du terrain annexe, plat et à quelques centaines de mètres de la maison, comme lieu de production d’annuelles.
  3. La topographie
    La forte pente de la majorité du terrain est un élément majeur de l’utilisation du terrain. Les zones plates sont privilégiées pour les cultures d’annuelles, et les zones basses pour l’irrigation via l’eau du puits.
  4. Le sol
    Liées à la topographie, les caractéristiques du sol sont très bonnes sur les parties alluvionnaires de bas de pente, alors que le sol est moins profond sur les pentes, et sujet à l’érosion et la sécheresse.
  5. Les clôtures
    Elles ont été construites à l’origine pour contenir ânes et chevaux. Leur placement est assez naturel pour être conservé dans un hypothétique agrandissement du cheptel volaillé, qui influencera les zones. Les clôtures influencent aussi  indirectement le zonage car elles ont défini des zones de fertilité et de végétation spontanée différentes.

Schéma des zones

Voici un projet de zonage du chant des cerises. Le côté hypothétique vient de l’influence des animaux domestiques sur les zones, mais nous ne savons pas encore à quel point ces animaux occuperont une place importante dans le projet, cela dépendra du temps et de l’argent requis, de notre motivation, de nos besoins et de la bonne volonté des prédateurs.

Les zones sont les suivantes :

  • Zone 1a
    C’est la zone la plus fréquentée. Elle est plate, irrigable et fertile. Elle comporte la maison d’habitation, une construction moche qui a servi de clapier à lapins et de box à cochon, une mare et le parking. Elle doit comporter une zone de stockage de bois, le système de phyto épuration, un espace de détente / de rencontre / de convivialité. C’est la zone idéale pour le potager et les herbes aromatiques, mais il reste à savoir si cette zone seule sera assez grande pour permettre notre  autonomie sur  ce point.
  • Zone 1b
    Elle jouxte la zone 1a, et est aussi plate, irrigable et fertile. Elle contient la cabane à outils (passerelle avec la zone 1a). Elle est constructible et accueillera surement à terme une petite habitation en paille. Son léger déclassement (matérialisé par la lettre « b ») vient du fait que les poules auront peut être accès à cette zone et pas à la zone 1a, ce qui suppose des techniques de culture appropriées (si culture d’annuelles, privilégier des repiquages de gros plants à un semi en place, par exemple). Cette zone est également déclassée provisoirement à cause de sa végétation très dure à contrôler (article à venir). Une fois cette végétation maitrisée, la zone 1b pourra accueillir le potager de vivace (plus résistant et résilient vis à vis des poules) ou de cultures annuelles robustes (comme l’amarante).
  • Zone 2a
    C’est une zone pentue située au dessus de la maison. Elle comporte le principal élément d’irrigation du lieu, le puits, situé au milieu à droite de la zone. La forêt nourricière (ou forêt comestible, ou jardin forêt) est prévu à cet emplacement car les chemins sont déjà existants, et la pente est légèrement plus douce que la partie sur la droite du terrain. Cette forêt nourricière comportera principalement des production utiles aux humains, mais aussi des arbres fourragers pour les volailles.
  • Zone 2b
    Cette zone est située en dessous d’une source intermittente (intérêt comme source d’irrigation à analyser) Le déclassement par rapport à la zone 2a vient de l’absence de chemin et à une plus forte pente. Cette zone sera utilisée comme forêt fourragère (même concept que la forêt nourricière, mais les proportions entre arbres utiles aux humains et aux volailles sont inversés).
  • Zone 3
    La zone 3 est située au dessus de la zone 2a, et comporte un chemin en zigzag. La végétation est assez méditerranéenne : genévriers et genets à balais.  L’utilisation de cette partie est encore floue. La sécheresse, l’absence de moyen d’irrigation et les chevreuils rendent les choses compliquées, mais certains usages peuvent être trouvés, comme la production de bois, ou même de fruitiers résistants aux problèmes cités, comme le figuier. On peut aussi envisager certains animaux domestiques qui tireraient avantage de ces fruitiers, comme les canards ou les oies, mais le problème des prédateurs devient central.
  • Zone4, zone 5
    Zones ayant les mêmes problèmes que la zone 3, mais elles sont plus éloignées et sans chemin défini. Pour l’instant certains endroits de ces zones servent de lieux de repos paisibles. Utilisations possibles sans plus d’intervention : récolte de champignons et de biomasse.
  • Terrain annexe
    Le terrain annexe n’a pas encore de zone précise attribuée. Le terrain est relativement plat, bordé à son côté le plus bas par une rivière, et sur un autre côté par une source (débit et régularité à analyser). Il n’est pas très loin de la maison, et accessible par une route carrossable. De beaux atouts à nuancer avec les problèmes suivants : l’orientation est plutôt au nord, mais la typologie de la vallée fait que le terrain reçoit moins de soleil matinal que le terrain principal mais plus de soleil de fin de journée en été. Il pourrait servir à des fruitiers à floraison précoce (type amandier) ou nécessitant beaucoup de chaleur (pécanier, grenadier); la végétation spontanée qui est un sous bois qui a recolonisé la prairie existante et des ronces sur les parties ensoleillées, et qu’il faudra maitriser avant toute autre opération; les chevreuils qui mettent bas sur le terrain … Pour l’instant ce terrain accueille certaines plantes très rustiques et envahissantes comme la consoude non stérile et les topinambours. Il contient un beau potentiel, mais toutes les parties du lieu ne peuvent pas être travaillées en même temps…

Annonce: je cherche pour l'automne prochain des graines de variétés connues de feijoa, d'amélanchier, de goumi (elaeagnus multiflora), de chalef (e. umbellata), et de ragouminier (prunus tomentosa). Si vous avez la chance d'avoir de tels fruits dans votre jardin, vous pouvez aider notre projet, en prenant contact avec moi, merci !

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2 commentaires to Le zonage du chant des cerises

  1. imago's Gravatar imago
    le 13 juin 2012 à 7 h 18 min | Permalink

    Pour les chevreuils, il doit bien exister des répulsifs. J’ai vu une sorte de lampe dans une vigne, je sais pas comment elle marche mais il parait que c’est pour éloigner les chevreuils. Les japonais fabriquaient des systèmes en bambou alimentés en eau qui provoquent un bruit dès que le bambou est plein. Et bien sûr, tu peux les piéger et les manger ;)

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